Le 28 août 1988, l'ambiance festive et joyeuse de cette belle journée, du moins avant la tragédie, rendait les gens heureux. Tout le monde avait le sourire. Comme si rien ne pouvait perturber cette euphorie collective...
Mais l'explosion d'un Aermacchi au-dessus de nos têtes, nous a tous projetté soudainement en enfer. Et dans ce drame, c'est comme si nous étions tous de la même famille! Et la douleur ou la compassion aidant, les images que nous subissions, nous ont marqué à jamais... Ensemble, nous étions des frères, mais des frères de drame.
Voici le témoignage sur Ramstein de Lucien de Montigny-lès-Metz (57), laissé sur mon blog le 12/10/2008. Merci Lucien pour ces mots, en espérant qu'avec le temps nous réunissions d'autres témoignages bouleversants de ce type.
"Je viens de lire "TEMOIGNAGE" sur le RL du 11/10/08.
Je ne sais pas si j'attendais la parution d'un article sur cette catastrophe mais il fallait qu'un jour je retrouve (et mes enfants aussi) un témoin de ce jour.
En effet, j'étais moi aussi à Ramstein pour ce qui devait être une belle journée, mais tout à coup, ce fut le cauchemar pour les milliers de spectateurs passionnés d'aviation.
Au moment de la percussion, je venais de rejoindre mon épouse qui se reposait dans le hangar juste en face de la route menant à la zône spectateurs.
A l'impact, une dame a poussé un cri, un cri venant du plus profond d'elle même, je pense qu'elle avait vu l'explosion de la percussion. Je me suis retourné et j'ai vu le nuage de l'impact au sol.
Je venais de quitter mes enfants Anne 18 ans et Jérôme 17 ans, ils étaient dans la zône d'impact. Je me suis précipité et ne les ai pas trouvé.
Comme vous, ils étaient allés chercher un rafraichissement et comme il y avait trop de monde, ils étaient partis plus loin vers le centre du dispositif vers la tour de controle je crois.
C'est là que je les ai retrouvé complètement choqués. Inutile je pense de développer mon état d'esprit à cet instant.
Ensuite ce fut terrible de voir tous ces gens, jeunes et moins jeunes, revenir sur le parking. Certains étaient brûlés au visage et aux mains, d'autres avaient le dos brûlés jusqu'à la chair et parfois un lambeau de chemise collé encore à un bras ou une épaule. Seul il me semble ceux qui avaient un jean avaient été un peu protégés.
A coté de nous, une équipe de la Croix Rouge était installée, mais personne n'était préparé à un tel choc. Beaucoup des jeunes de cette équipe pleuraient et étaient complètement dépassés pas le spectacle de cette catastrophe.
Ce fut aussi cette chappe de silence qui s'imposa, seulement ponctué par les ordres des militaires et la sono qui recherchait des donneurs de sang.
Etant passionné d'aviation, j'ai attendu que le gros de la foule ai quitté le parking pour rejoindre ma voiture et là , avec les gens que nous ne connaissions pas, un simple regard suffisait à échanger notre compassion avec toutes les victimes de cette triste journée.
J' ai été un peu long pour un commentaire, mais j'avais aussi besoin de parler comme nous le faisons en famille de temps en temps.
Merci
Lucien"